« FRANCE – ALGERIE » ….TANT QU’IL Y A DE LA HAINE, IL Y A ENCORE DE L’AMOUR !

Au terme de son voyage en Algérie, il faudra rendre justice à François Hollande de ce que dans la partie qu’il aura joué là bas et et pour peu qu’on l’assimile à un parcours de golf, il sera parvenu à faire tourner la balle tout autour du trou de la « Repentance » , et même à s’en approcher au plus près mais sans toutefois y tomber de façon irrémédiable…..Moyennant quelques contorsions quelques peu acrobatiques toutefois !

Et il en est toujours ainsi à chaque fois que l’on s’obstine à regarder l’Histoire d’hier avec nos yeux d’aujourd’hui…..Au bout du compte on se retrouve avec les gentils d’un côté et les méchants de l’autre….A ceci près que lorsqu’il s’agit de faits relativement présents, et encore dans nos mémoires, certains voudraient pouvoir obtenir des excuses, une repentance et tout cela à l’occasion de contreparties commerciales ou économiques……Et c’est alors que les beaux sentiments, y compris la repentance peuvent se transformer en monnaie d’échange, ce qui la disqualifie de la même façon que certain épisodes auraient pu contribuer à la justifier…….

Alors il y a eu la Colonisation! …..Et puis avant il y a eu l’Esclavagisme….Si l’on remonte encore nous allons tomber sur les Guerres de Religion , les Croisades, l’Inquisition et même l’Invasion des Romains…..Combien d’épisodes sanglants parmi ces périodes de l’Histoire des Hommes……Et je ne veux même pas y rajouter les millions de morts dus aux dictateurs du siècle dernier, de Staline à Hitler ou de Mussolini à Franco……

Il n’y a pas eu beaucoup de profession de repentance de la part des responsables de tous ces évènements ou même de leurs successeurs à l’égard de leurs victimes…..

Pour ce qui est de la Colonisation Française, ce sont sans doute certains colons eux mêmes qui l’auront souvent rendue haïssable,   mais je ne pense pas que la France de Jules Ferry et de tous les autres Républicains de cette époque, de Jaurès à Clemenceau aient oublié les colonies  lorsqu’ils se sont  préoccupés de scolariser tous les enfants…..Pour faire court, je dirai que parmi tous les pays colonisateurs du XIX° et du XX° siècle je n’ai pas le sentiment que la France  soit dans le peloton de tête des plus cruels ….Le comportement de certains colons fait plutôt partie de comportements individuels condamnables mais je ne pense pas qu’Alger la Blanche ait existé dans tout son éclat si la France n’avait pas décidé qu’elle serait aussi belle…..

Nous n’étions pas chez nous !….Certes et la suite des évènements nous l’a prouvé mais aujourd’hui encore il existe de puissants pays pour exterminer ce qui leur reste sur leur propre territoire d’Aborigènes, d’Amazoniens ou d’Indiens, et ceci de façon aussi cruelle que s’il s’agissait de colonies du siècle dernier…..Ils sont chez eux et de ce fait est il juste que l’on ne leur demande même pas une once de repentance !…..Et tout cela comme si le génocide n’existait pas tant qu’il s’exerçait à l’intérieur des frontières ! …..Souvenez vous de ce qu’il est advenu du « fameux droit d’ingérence » bien difficile à appliquer ( Voir l’exemple de la Syrie).

Dans ces conditions, et en faisant la part des choses de l’époque et de l’évolution du monde je n’éprouve aucune honte qui puisse justifier une quelconque repentance….A deux exceptions toutefois : le sort des harkis et la manifestation du 17 Octobre 1961 à Paris pour lesquels il semble en effet que l’on ne puisse trouver aucune justification….En tous cas et à propos de ces deux faits ou évènements, il semble qu’ils ont été reconnus et que leur réhabilitation a été faite .

La torture…..Oui bien sûr et comme dans toutes les guerres sans exception….Cette torture qui a parfois abouti à obtenir des renseignements qui ont évité sans nul doute des attentats qui auraient pu être encore plus sanglants…..Et puis aussi, si l’on veut trouver une contrepartie ces soldats qui auraient pu être mes camarades et que l’on a retrouvé égorgés avec leurs testicules dans la bouche….Et puis aussi l’assassinat le 1° Novembre 1954 ( Sous le Gouvernement Mendès France ) de l’instituteur Guy Monnerot, et qui marqua le point de départ de la Guerre d’Algérie ….Et puis les Algériens qui voulaient continuer à vivre en paix et dont les corps étaient retrouvés dans leurs villages incendiés….Et puis encore tant d’atrocités et de part et d’autre convenons en …..Mais comment arrêter une telle machine dès lors qu’elle s’est mise en marche ?

Alors , je préfère vous retranscrire ici mes impressions de cette époque, et qui ne sont rien d’autre que le chapitre que j’y ai consacré dans mon livre « L’ Andropause de Monsieur est avancée publié en 2004…..Ce chapitre portait le titre ; « L’Algérie, on ne s’est pas compris! » en référence au « Je vous ai compris » du Général de Gaulle…

« Octobre 1960, le moment était venu pour moi de partir en Algérie, et là bas les choses à force dil en e traîner en longueur s’ acheminaient vers un dénouement que chacun devinait inéluctable, mais dont il ne fallait pourtant  pas encore parler.
J’embarquai sur le bateau « Ville de Bordeaux » et c’est sur le pont que je vis s’éloigner la ville de Marseille, puis la statue de Notre Dame de la Garde disparut à son tour de l’horizon, et j’éprouvai alors la sensation déjà connue de confier mon destin à la chance, mais en tous cas, j’avais conscience à cet instant que la suite  n’était déjà plus entre mes mains…
Souk-Ahras, cette petite ville du Constantinois devait être le modèle de la petite bourgade qui avait dû trouver son essor par les effets de la colonisation depuis le temps du père Bugeaud……On y distinguait bien le fossé qui séparait les colons de la huitième génération des populations indigènes, autochtones ou autres mais dont on sentait bien que leur existence dépendait bien des premiers !….
J’y restai peu de temps et fus affecté à un poste de surveillance en bordure du barrage électrifié le long de la frontière avec la Tunisie.

1960-1961 Service Militaire Jean PaulScan10021
Nous étions une douzaine dans une sorte de blockhaus, et notre mission consistait à surveiller le barrage, ouvrir les portes des routes le matin, les refermer le soir en espérant à chaque fois que le copain de permanence n’avait pas oublié de couper le courant le temps de l’opération, d’autant que c’était le barbelé du barrage qui servait de ligne de téléphone et qu’en tant que représentant du service des Transmissions, c’était à moi qu’il incombait de faire les branchements. J’avais donc l’impression deux fois par jour de jouer à la roulette russe!
A part ça, nous allions inspecter tous les jours ce fichu barrage et ramassions les lièvres, les sangliers, parfois même les hyènes qui en l’absence de toute culture politique et d’informations les concernant, étaient venus bêtement se faire électrifier parce qu’ils ne savaient pas non plus lire les cartes d’état major. Ces chasses alimentaient nos barbecues, mais trop c’est trop et aujourd’hui encore je ne peux plus manger de lièvre.
Parfois le moral tombait chez l’un ou chez l’autre mais heureusement jamais chez tous en même temps, et il y en avait toujours deux ou trois pour prendre la permanence de la bonne humeur et assurer la survie des autres…..Il y avait même un aspect Désert des Tartares dans ce poste isolé où l’on attendait « l’ennemi qui ne viendrait pas » mais dont on devinait toutefois la présence…..Le temps s’y écoulait dans une atmosphère de fausse villégiature ….Une façon de sous entendre que l’on s’y ennuyait ferme tout de même !

1960-1961 Service Militaire Jean PaulScan10003   
C’est vrai que le courrier venait à point infléchir les états d’âme de chacun, la famille, les copains, les compagnes ou les épouses, tout cela pouvait le temps d’une lettre changer totalement la physionomie du jour: la naissance d’un neveu, le mariage d’un cousin, le décès d’un parent à l’occasion du passage du vaguemestre venaient quelque peu troubler notre quotidien. Les lettres d’amour étaient bienvenues parfois même elles circulaient de l’un à l’autre comme si elle nous concernaient tous; mais il y avait aussi les lettres de rupture, parce que décidément ça durait trop longtemps où que là bas il était arrivé quelque chose ou quelqu’un. Dans ce cas là il fallait vraiment que tous les autres sortent le grand jeu: de nos jours on appelle ça une « cellule psychologique » nous on faisait ce qu’on pouvait et le plus souvent je crois bien que ça se terminait dans le jerrican de pinard !

1960 vers Jean Paul Morat au service militaireScan10001

Que sont ils devenus mes copains aujourd’hui et avec lesquels nous avons tant partagé? Tous nous aurons fini par être la béquille des autres à un moment donné où le moral flanchait ….Comme l’a chanté Lama bien plus tard : « L’Algérie , c’était une Aventure dont on ne voulait pas »…..

1961 vers Algérie Jean Paul Morat en maillot de bain pendant

En Février 1961 on m’arracha à mon barrage et je fus affecté au service du chiffre de l’état major à Bône. (Aujourd’hui Annaba)
Là bas je mesurai la dimension du gâchis qui se préparait dans ce pays et surtout de l’étau insoutenable dans laquelle nous étions pris nous, les soldats du contingent.
Les Algériens bien sûr n’avaient pas beaucoup d’élan envers nous…. Pour les Français, européens d’Algérie, nous n’étions que les exécutants d’une politique qui allait bientôt les jeter sur les quais de la métropole et que le choix qu’il leur resterait alors serait à faire suivant leur propre mots entre:

. »la Valise et le Cercueil « .

Bref, tout le monde nous regardait de travers, et les risques d’agression à notre égard lorsque nous sortions en ville  se situaient bien des deux côtés. En ce qui concerne la population européenne, il y avait belle lurette que les grosses fortunes et les puissants étaient déjà partis, et il ne restait plus que quelques cadres mais surtout les petits commerçants, les employés, les fonctionnaires et les retraités…..
En milieu urbain la rébellion algérienne (on l’appelait comme ça) se manifestait par des jets de grenades aux terrasses des cafés ou sur la voie publique, et cela provoquait un certain climat qui nuisait tout de même un peu au goût de l’anisette.
Il n’y avait pour nous, les gars du contingent qu’un seul lieu où nous ne risquions rien: le bordel militaire, situé près du port et gardé en permanence par l’armée: finalement il n’y avait que là où nous pouvions jouer aux cartes en toute quiétude, parce que le bordel en question était en fin de compte beaucoup plus qu’un bordel: c’était un centre de loisirs et même une maison de la culture avant la lettre…..

On y trouvait un juke box où inlassablement nous écoutions Edith Piaf qui nous chantait « Allez venez Milord, vous asseoir à ma table » et du coup Milord c’était un peu nous! Il y avait même une bibliothèque parce que tout de même on ne peut pas passer toute son après midi au bordel sans rien faire! On pouvait y boire, y jouer, y lire et quoi donc encore? Oui bien sûr c’était quand même un bordel mais dont les pensionnaires avaient très conscience de l’aspect humanitaire de leur mission en ce lieu.
Pour la plupart d’entre elles, il s’agissait de filles venues de France et qui sans doute pour des raisons mystérieuses avaient éprouvé le besoin de se mettre au vert; en l’occurrence c’était au kaki.
Je conserve de l’ une d’elles un souvenir attendri: je m’étais blessé à la main et je portais un pansement de fortune, elle le remarqua alors que je buvais un verre dans la salle, elle me demanda de la suivre dans sa chambre, me refit un pansement qui n’aurait pas fait rougir une infirmière diplômée. Nous échangeâmes quelques mots: elle travaillait « en saison » à Paris dans le quartier de la Madeleine, ainsi donc nous nous retrouvions entre parisiens dans un bordel militaire en Algérie . Ah! Que le monde était petit! Le pansement terminé elle me fit un chaste baiser sur le front, et je ne l’ai plus jamais revue.
Où qu’elle soit aujourd’hui, si elle est encore de ce monde, entourée de petits enfants au Puy en Velay, retraitée à Aubenas, ou pensionnaire de la maison de retraite de Meung sur Loire, qu’elle sache que j’ai souvent pensé à elle, que je ne l’oublierai certainement jamais, et que j’éprouve pour elle un sentiment immense de gratitude pour cet acte qui ressemblait tant à de l’amour. J’ai vu bien pire par la suite! Et qu’on ne compte pas sur moi pour jeter la première pierre à Marie Madeleine si d’aventure je me trouvais là le jour où l’on décidera encore de lui faire des emmerdes!

Au service du chiffre de l’état major à Bône, la vie se déroulait comme au bureau: on écoulait le trafic, on travaillait le jour et la nuit en faisant les trois huit avec les temps de récupération réglementaires et finalement c’est la seule période de mon existence où j’ai eu l’impression d’être fonctionnaire.
Ça aurait pu continuer ainsi jusqu’au bout, si le 21 Avril 1961 il n’y avait eu « le putsch » des Généraux, quatre énergumènes qui à la façon des Marx Brothers avaient pris l’initiative de prendre L’armée d’ Algérie sous leur contrôle pour tenter d’infléchir les décisions de la métropole et pourquoi pas au passage, liquider la République au profit d’une brochette de képis enrubannés que même l’ Argentine ou le Costa-Rica aurait pu nous envier.
Alger, Oran et Constantine avaient rompu toutes communications avec Paris,
Il ne restait plus en relation avec le gouvernement et l’ Elysée, que Bône et moi même, derrière mon télétype chiffrant !
Une nuit, durant les quelques jours de folie que nous vécûmes, je reçus un message à l’intention du général Ailleret qui commandait la place de Bône et qui était pratiquement le seul à n’avoir pas suivi les quatre Guignols. Je voyais le télégramme défiler sur ma machine en clair: je ne me souviens plus des termes exacts du contenu mais seulement de la dernière phrase  » l’Honneur ne se partage pas  » et c’était signé Charles de Gaulle!
Il devait être trois heures du matin, et je bondis dehors pour réveiller le Général. Pendant les quelques minutes où je traversai la cour de l’ Etat- major j’éprouvai l’impression grisante d’être, excusez moi du peu, l’unique détenteur du destin du Pays! Je remis le message au Général et retournai à mon poste rassuré: à partir de maintenant on était au moins deux à porter sur nos épaules le sort de la France!
En ville les attentats, les émeutes s’étaient un peu calmés, à tel point que j’écrivis à mes parents qu’ils pouvaient en toute sécurité venir me rendre visite puisque tel était leur souhait. Le 20 et le 21 juin ils étaient donc là et je leur fis visiter la ville de Bône dont les Bônois eux mêmes se plaisaient à dire à la façon d’un proverbe  » La ville de Bône , envie d’y mourir elle te donne » était ce vraiment une référence? 
Durant cette visite de mes parents, et alors que nous traversions la Place d’Armes dans le quartier musulman, le mauvais sort voulut qu’une grenade soit lancée à une terrasse de café, il s’en suivit une panique, des cris, un mouvement de foule vers le cours Bertagna au centre de la ville qui s’enflamma en un instant…..

1961 vers Böne rue principaleScan1

Bien sûr tout cela n’avait pu qu’impressionner mes parents et en particulier mon père déjà très affaibli par un état de santé que nous savions tous fragile.

Le soir venu je pris congé d’eux, je leur fis un dernier au revoir alors qu’ils étaient au balcon de leur hôtel, mon père n’était déjà plus qu’une ombre…..Je ne devais plus le revoir.

A son retour à Paris, fortement secoué par ce qui était arrivé durant son séjour, sans doute impressionné de retrouver son fils soldat dans une situation qui lui était apparue dangereuse autant qu’imprévisible , le lendemain de son retour à Paris il fit une hémiplégie, et mourut deux jours plus tard. Je me retrouvai donc quatre jours après l’avoir quitté  au cimetière du Père Lachaise pour lui dire Adieu !…

Puis, je rentrai en Algérie finir les quelques semaines qui me restaient, je pensais que pour mon retour je n’aurais qu’à m’embarquer a Bône puisque j’y étais, mais ma compagnie ayant dans l’intervalle été transférée à Tébessa aux portes du Sahara, je devais pour me faire démobiliser me rendre en train à Tébessa pour revenir à Bône prendre le bateau , soit un aller retour de deux fois dix heures dans un train précédé de deux wagons de sable dans le cas ou la voie aurait été sabotée, ou qu’il ait fallu faire face à une éventuelle embuscade! La veille de la « quille » je me serais volontiers passé de ce dernier tour de manège.
Dernière soirée donc à Tébessa qui fut en son temps la dernière ville de l’empire romain avant le Sud, avant le désert.
Quel con ce César , s’il avait su qu’il y avait du pétrole un peu plus loin, ça valait tout de mêmele coup de piquer une pointe supplémentaire! .
Je garde un souvenir de cette soirée et surtout d’un merveilleux coucher du soleil: un ciel orangé dans lequel les palmiers dressaient leurs tête comme des crinières, ces masses noires qui masquaient les murailles de la vieille citadelle romaine semblaient nous signifier que derrière il n’y avait plus que des dunes.
Oui mais pour moi devant il y avait la Vie!
Dès le lendemain je repris mon tortillard, une dernière fois je longeai le barrage électrifié qui m’avait valu tant d’émotions, puis ce fut a nouveau Bône le bateau et au petit matin, au loin, j’aperçus là bas à l’horizon, une masse grise qui se rapprochait très vite, c’était Marseille. Je crois bien que tous ceux qui ont connu ces instants et cette émotion ont pleuré à ce moment là!
Nous en avions tant rêvé de cet instant, et nous avions tous eu peur surtout de ne jamais le vivre, tous nous avions perdu un ou plusieurs camarades, tous nous avions laissé là bas un peu de notre jeunesse et un demi siècle plus tard je garde la sensation d’avoir participé à un véritable drame.
Toute une génération de Français d’Algérie a été sacrifiée lors de son retour: je me souviens avoir vu quelques mois plus tard, en gare de Lyon Perrache un homme de soixante dix ans pleurer et hurler de douleur parce qu’il avait perdu « sa valise »!.
Ces gens là avaient beaucoup cru en nous et on ne les recevait pas toujours très fraternellement. Dieu merci ils étaient courageux et se sont en deux générations parfaitement intégrés au point qu’on ne parle plus aujourd’hui ni de rapatriés ni même de  » pieds noirs »: leurs enfants ont l’accent de Montpellier, de Paris voire même de Chateauroux , ils ont planté des vignes là ou les Corses n’avaient fait que de faire brouter des chèvres pendant des siècles, et ça, il y a quelques quelques excités corses qui ne sont pas près de le leur pardonner, alors que par ailleurs nous n’avons jamais empêché, ni Napoléon, ni Tino Rossi, ni même Jean Tibéri de venir faire carrière en Métropole!
Nous n’avons pas été très bons non plus sur le coup des Harkis, qui eux aussi avaient cru en nous , et nous n’avons jamais trouvé de solution, dans la mesure où aucun Gouvernement depuis cette époque n’a voulu en faire un problème, ainsi de même qu’il y a un monument du « Soldat inconnu », un jour il faudra en ériger un pour immortaliser  » le Harki méconnu ».
Quant à L’Algérie elle même, je me souviens de ce vieillard qui avait toujours connu la présence Française et qui inquiet de la tournure des évènements me demanda un jour avec inquiétude « L’indépendance c’est prévu pour combien de temps? ».
Sur le thème de la guerre, et je crois bien que ceci est valable pour toutes, et pour tous ceux qui les ont vécues: elles peuvent instantanément sur un évenement nous révéler un aspect totalement inconnu de nous mêmes autant dans le sublime que dans l’abject: ce sont les plus grandes trouilles qui font les plus grands héros et c’est souvent le simple instinct de conservation qui a permis de décorer des boutonnières après avoir sali les caleçons! Pour ma part je me souviens d’avoir participé à une patrouille durant laquelle eût lieu un attentat dans le cadre d’une petite kermesse de village. Panique, Cris, et là gisant sur le sol la robe blanche d’une petite fille qui rougissait de son sang au fil des secondes, la tache s’agrandissait et bientôt il n’y eut plus qu’un petit pantin écarlate sur le sable. A cet instant nous avions repéré un homme qui s’enfuyait, sans état d’âme nous avons épaulé puis tiré. Le fuyard tomba, j’ignore quel fut son sort, je ne saurai jamais si c’est moi ou l’un de mes camarades qui l’avons atteint, mais je devrai toujours vivre avec le souvenir d’avoir pu un jour tirer et peut être même abattre un homme…..Mais enfin tout de même: cette petite fille!….
Ceci sera de toute façon toujours lourd à porter et la question restera sans réponse: comment cela fut il possible? Bien sûr c’était la guerre, mais est ce suffisant ? Il n’y a que la petite fille qui là ou elle se trouve pourra me rendre bonne conscience. Mais dites moi ce n’est pas Prévert qui a écrit  » Quelle Connerie la Guerre »? Alors à bons charognards salut! »

Dans la foulée de l’Indépendance, tout fut effacé de ce qui pouvait évoquer la France …..Et c’est ainsi que la rue Anatole France d’Alger se retrouva baptisée rue Anatole Algérie (sic) , au fil du temps chacun réalisa que l’Histoire d’Amour de la France avec l’Algérie ne finirait jamais et que tout aurait fini par se normaliser dans nos relations si les paramètres politiques autant qu’économiques n’étaient pas venu retarder la cicatrisation de nos plaies respectives…..Et pourtant:

Aujourd’hui en Décembre 2012, on peut déplorer surtout que l’Algérie depuis 50 ans qu’elle est sortie de la Colonisation, n’ait pratiquement connu que la Dictature….

Lors de sa visite, François Hollande savait il que toutes les connexions Internet étaient devenues impossibles sur son passage  et que les antennes de téléphone pour les portables avaient été neutralisées? ….Lui a t’on dit que seules les rues par lesquelles son cortège est passé avaient été rénovées ou même nettoyées ?….S’est il rendu compte que plus encore qu’un invité, il était plutôt une sorte d’otage privilégié de passage, et que l’on ne faisait que de traiter mieux que tous les autres ….

Depuis que Boumedienne a évincé du pouvoir Ahmed Ben Bella, le véritable libérateur de l’Algérie , de Chadli à Bouteflika aujourd’hui, et aussi  curieux que cela puisse paraître la République Algérienne Démocratique et Populaire ( Et c’est vrai qu’à ce niveau d’insistance dans l’altruisme politique le titre lui même en devient louche) n’a jamais rien connu d’autre que des régimes « autoritaires »

Ce soir François Hollande est rentré à Paris….Les Algériens lui parlaient « Investissements économiques » …. »Visas »….. avec l’indicible menace : si vous ne le faites pas les Chinois le feront à votre place !……Et tout cela avec en toile de fond, la Repentance à propos des évocations de la Guerre de l’Indépendance Algérienne qui n’est pratiquement plus représentée aujourd’hui dans les instances dirigeantes du Pays…..

Les soldats de l’Indépendance Algérienne tous comme les Anciens Combattants Français d’Algérie sont devenus dans leurs pays respectifs les « Nouveaux Poilus »…..Ceux que l’on sort juste le temps de ranimer les plaies encore vives de l’Histoire……Non pas des Héros…..Tout juste des prétextes à « Repentance » et en vue d’objectifs économiques beaucoup moins nobles……

Alors quand donc se décideront ils les Anciens d’Algérie autant que ceux du Djebel à organiser un gigantesque rendez vous pour nous étreindre et pouvoir lancer à la face de nos Présidents d’aujourd’hui….

« Foutez nous la Paix et laissez nous nous aimer pour les années qui nous restent… Nous avons déjà donné !… »

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Un commentaire pour « FRANCE – ALGERIE » ….TANT QU’IL Y A DE LA HAINE, IL Y A ENCORE DE L’AMOUR !

  1. Jean Pierre ALBET dit :

    Merci pour ce très beau récit Certains passages m’ont rappelé l’œuvre de Jean BRUNE portant le titre  » cette haine qui ressemble à l’amour
    Ancien Officier des Affaires Algériennes Chef de Sas je vis depuis cette époque avec un sentiment de honte qui m’obsède : l’abandon sur ordre de mes Moghaznis

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