QUAND ON N’A RIEN A DIRE……

Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire,

On peut toujours aller gueuler dans un bistrot ,

Parler de son voisin qui n’a pas fait la guerre,

Parler de Boumedienne et de Fidel Castro,

Parler Parler Parler….pour que l’air se déplace,

Pour montrer que’on sait vivre et qu’on a des façons,

Parler de son ulcère ou bien des saints de glace,

Pour faire croire aux copains qu’on n’est pas le plus con.

Quand on n’a rien à dire on parle de sa femme

Qui ne vaut pas tripette et qui n’a plus vingt ans,

Qui sait pas cuisiner, qui n’aime que le drame

Qui découche à tout va, qu’a sur’ment des amants.

On parle du Bon Dieu on parle de la France

Ou du Vittel -cassis qui vaut pas çui- d’avant

On pense rien du tout, on dit pas tout c’qu’on pense

Quand on n’a rien à dire on peut parler longtemps.

Quand on n’a rien à dire on parle du Mexique

De l’Amérique du Nord où tous les gens sont fous,

Du Pape et du tiercé, des anti- alcooliques,

Du cancer des fumeurs et des machines à sous ,

Des soldats, des curés d’la musique militaire,

De la soupe à l’oignon, de l’Île de la Cité

Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire

On arrive au sommet de l’imbécillité. 

C’était un poème de mon vieux copain de naguère Bernard Dimey …..En souvenir de tant de soirées où nous n’arrêtions pas de parler nous mêmes …..En toute connaissance d’une cause que nous avions renoncé nous mêmes à plaider……

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                                                     Ivrogne !…..Et pourquoi pas ?

Bien évidemment tout cela peut apparaître un peu décalé aujourd’hui…Il reste encore dans les brocantes ou sur certains sites quelques livres quelques disques et même quelques CD.. . »Le Bestiaire de Paris » enregistré par l’auteur avec Magali Noël et Mouloudji sur une musique de Francis Lai est un exceptionnel moment d’émotion, de poésie autant que de réalisme…

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Bernard Dimey était à sa façon un ogre qui pouvait faire peur ….Un être démesuré, et qui se demandait à très haute voix pourquoi il lui arrivait si souvent de vivre parmi les nains !

Il est vrai que lorsque l’on a écrit les paroles de « Syracuse » sur une musique de Salvador, il se peut que l’on accède à des niveaux de sensibilité et de subtilité pas forcément évidents pour la masse de  butors qui nous entourent…..A cet égard il m’arrive souvent de penser qu’il a sans doute eu raison de nous fausser compagnie en 1981…..On ne peut pas prétendre que cela se soit arrangé depuis…..

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L’appétit de la Vie qu’il dévorait de façon parfois trop généreuse avaient du mal à cacher son mal de vivre, ni même la menace de sa propre mort qu’il sentait tourner autour de lui de façon obsédante….Et malgré tout cela il trouvait souvent le moyen d’être drôle !

Peu de vivants aujourd’hui peuvent encore parler de lui en l’ayant connu… Ses moments extravagants, lorsque son génie se décuplait au fil des bouteilles qu’il vidait….Dessins, chansons, poèmes tout jaillissait de lui en ces instants auxquels peu d’autres  auraient même survécu….Un seigneur habillé en clochard et qui arpentait les rues la nuit, mais devant lequel tous s’écartaient comme s’il portait encore en lui une étrange Lumière tandis qu’il traversait les ténèbres….

Alors parmi tous les testaments plus ou moins cryptés qu’il nous a laissés au fil de ses poèmes ….Je vous livre celui ci ….Parce qu’aussi, un tiers de siècle plus tard , je trouve qu’il me ressemble de plus en plus……

J’écris depuis trente ans comme d’autres respirent,

Effrayé de ce vide et du peu que j’ai dit.

Me reste-t-il encore la moindre chose à dire?

Je sais très bien que non, j’en ai pris mon parti,

Je navigue à présent dans les espaces vierges

Où ceux qui vont partir et ceux qui sont partis

Se font signe de loin, tout nus sur l’autre berge.

Je vais partir tout seul et je dirai merci

A ceux qui m’ont brisé, cassé comme une fauche,

Qui m’ont rendu stupide et le cerveau vidé.

Je partirai sans bruit et sans tirer les cloches,

La clef dans le pot d’fleur, et la porte fermée…..

 

A propos chatdorleans

Orléanais
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6 commentaires pour QUAND ON N’A RIEN A DIRE……

  1. Je n’ai pas souvent les larmes aux yeux …

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  2. Cestnabums dit :

    Voilà effectivement un très grand laissé dans l’ombre parce qu’anti-conformiste, dérangeant, imprévisible, décalé et bien d’autres qualification qui font oublier à ceux qui ne savent pas écouter son immense talent.

    Merci

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  3. Anonyme dit :

    En cette année naissante et avec nostalgie,j’avais envie de rebondir suite à la lecture de vos messages et faire un clin d’oeil à un autre grand oublié de l’espace de liberté,éternel impertinent,anti-conformiste,inlassable dénonciateur des injustices.,Yves Pasco.
    Il m’a avait confié quelques jours avant de disparaître dans un dernier cri étouffé de contestation quelques poèmes et j’avais envie de partager celui-ci avec vous,avec toi Jean-Paul ,avec toi Bernard ,vous qui avez connu et apprécié l’homme et le frère d’arme.
    A bientôt.
    Yves Bodard

    Là-bas

    Là-bas

    Venez marcher, nous irons là-bas
    où jamais personne ne va,
    là où les vagues disparaissent
    derrière la brume qui devient si épaisse..

    Nous glisserons sur les rochers mouillés
    couverts d’algues gluantes et de secrets.

    Quelques soupirs de naufragés trépassés
    nous parviendront comme cris étouffés.

    Le vent vivant sera le seul témoin,
    la lune brillera, comme avec soin,
    pour nous éclairer l’invisible chemin

    où -pourquoi ?- je vous prendrai la main…

    Venez marcher, nous irons là-bas
    où jamais personne ne va,
    là où les vagues disparaissent
    derrière la brume qui devient si épaisse…

    Les vaisseaux brisés ne seront déjà plus là…
    Depuis longtemps plus le moindre petit éclat
    de coque, de tonneaux, de caisses, de bois…

    Au loin, près de la ferme isolée, un chien, parfois, aboie.
    Main dans la main, sans peur, nous approcherons,
    sans surprise et souriant, nous continuerons
    et nous irons marcher là où personne ne va,
    où les vagues renaissent derrière la brume, là-bas…

    Venez marcher, nous irons là-bas
    où jamais personne ne va,
    là où les vagues disparaissent
    derrière la brume qui devient si épaisse…

    Un nouveau vaisseau naufragé ne surprendra même pas
    le chien de la ferme isolée qui n’aboiera pas,
    nous voyant partir marcher, main dans la main, là-bas,
    vers les rochers où personne de vivant ne va,
    là où les âmes dans les vagues disparaissent
    derrière la brume tenace devenue si épaisse.
    Il n’aura pas souvenance de notre passage éphémère,

    nous ne serons jamais revenus de la naissance de la mer.

    URWAN Pasco

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  4. chatdorleans dit :

    @Cenabum
    Très heureux de votre message suite à ce billet à propos de mon copain Bernard Dimey….L’occasion de vous dire que nous avons du rater quelque chose entre nous lors de nos précédents contacts….
    L’occasion aussi d’espérer que peut être grâce au Bernard de la Seine qui s’en est allé je vais pouvoir repartir d’un meilleur pied avec un autre Bernard de Loire , cette fois…..
    Voilà …J’avais envie de vous le dire …..A présent c’est fait….Et je suis sûr qu’il aurait aimé !
    Rendez vous pour un verre le jour où vous aurez soif !…..

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  5. chatdorleans dit :

    @Yves
    Merci mon ami pour ce clin d’oeil adressé à Yves Pasco qui a tout à fait sa place à côté de Bernard Dimey dans ce billet et même ailleurs… Où qu’ils se trouvent aujourd’hui., je ne puis douter qu’ils se seront reconnus…..
    Je l’ai hélas rencontré un peu tard , mais j’ai bien senti au delà des problèmes de santé qui le torturaient, cette même flamme qui l’animait et qui lui aura permis de nous léguer jusqu’au bout ces leçons de courage et de ténacité au travers d’un regard qui transpirait d’amour pour les autres…..Ce texte en témoigne.
    A bientôt mon Yves
    Jean-Paul

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  6. Fansolo dit :

    Très cher Jean-Paul,
    Ton billet de début d’année m’émeut profondément. Les années passent et j’ai reconstruit quelque chose d’autre, non loin d’Orléans mais suffisamment pour tirer un trait salutaire. Tes billets me rappelent heureusement qu’il est parfois en pointillé et que même si je ne te fais pas aussi souvent signe que je le pourrais (ou devrais), tu reste dans mon coeur.
    Tiens, Dimey est dans le « bistrot préféré » du chanteur Renaud. Ce n’est pas un hasard.
    Amitiés cher Jean-Paul en espérant que 2013 nous permettra de plus nous revoir que 2012…

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