TOUS SMICARDS…..OU RIEN !….

Il n’y a pas si longtemps, il suffisait encore de dire à n’importe qui, pas très ardent au boulot et qui bien sûr avait des problèmes d’argent: « tu n’as qu’à travailler et tu t’en sortiras ». L’argument avait du poids, et en général « le » ou « la » feignasse en question se faisait une violence, trouvait un boulot, touchait son premier salaire: de quoi se loger, se nourrir et subsister, et même si ce n’était pas forcément très florissant, le simple fait de travailler permettait à quiconque de prendre ou de retrouver un rang dans la Société !….

Hélas! cela n’est plus forcément vrai aujourd’hui et la question se pose: Comment en sommes nous arrivés là? Que s’est il produit? Comment en sortir?

Permettez moi pour répondre à ces interrogations de me souvenir que pendant près de quarante années, j’ai travaillé au sein de ces entreprises que l’on appelle PME, et qui constituent c’est la vérité, l’essentiel des emplois salariés de notre pays. Plus précisément, j’exerçais les fonctions de directeur financier, et donc j’étais au cœur de de la philosophie qui inspirait la marche de ces entreprises. C’est donc dans cet esprit que je vais m’efforcer d’analyser la dégradation des conditions de rémunération et même de respect du personnel au sein du monde du Travail  !…

Mon propos ne saurait être considéré comme une position politique, il ne s’agit que de souvenirs dans l’évolution d’un système à qui je dois d’avoir vécu et qui aura fini par me broyer moi même aux alentours de 1993…. C’était le début de l’époque où l’on a commencé à penser que les personnes qui avaient de l’expérience commençaient à coûter trop cher, et donc qu’il convenait de les remplacer par des plus jeunes que l’on paierait beaucoup moins, étant bien entendu qu’on se réservait pour l’avenir la possibilité de brider leur rémunération puisque la démographie aidant et le chômage augmentant ils auraient à se contenter de ce qu’on voudrait bien leur donner le moment venu….. Après tout, ils avaient du travail et ça suffisait bien comme ça !….

Dans le même temps, 1993 est l’année où le gouvernement a eu comme préoccupation majeure de nous faire entrer dans les critères de l’euro et pour cela de faire passer l’inflation de 13% où elle était montée dans les années 80 à 5% tout d’abord, pour en arriver aux taux actuels de o,80 %  qui sont du reste parfaitement illusoires puisqu’ils sont établis au terme de statistiques et d’indices tout à fait discutables, et de toute façon erronés…

Quand l’inflation se situait aux alentours de 10%, les salaires étaient automatiquement réévalués du même pourcentage ce qui permettait aux salariés de conserver un pouvoir d’achat sensiblement constant: depuis la tentation a été grande, avec une inflation aux alentours de 1% d’oublier cette régularisation, la première année tout d’abord, puis la seconde et ainsi de suite…. Il n’empêche qu’après 10 années à ce régime là, ça finit quand même par représenter autour de 15% de détérioration du pouvoir d’achat…..et voilà sans doute pourquoi certains sont vite passés du super marché au hard discount pour finir aux restos du cœur !…

C’était aussi le temps, où lorsque l’on établissait les bilans de fin d’année, on était très content une fois que l’on avait payé tout le monde , prévu de renouveler le matériel ou d’envisager de nouvelles méthodes ou de futurs produits, de parvenir à un résultat qui se situait aux alentours de 2, 3, 4 , ou même 5 % du chiffre d’affaires.

En 2014, si vous n’affichez pas un bénéfice entre 20 et 30%, vous passez pour une bille, un gagne petit et au pire un imbécile !

Alors une seule question, mais capitale celle là….En 15 ans pour passer d’un bénéfice de 5% à 25% en continuant de vendre des voitures, des travaux de plomberie ou des supports chaussettes, sur quel levier s’est on appuyé, et où est on allé chercher la différence? Et aussi pour quelle raison ?

Pour rémunérer les actionnaires bien sûr…. Et qui n’ont accepté d’investir leurs capitaux qu’à condition d’en retirer des dividendes supérieurs au taux de l’usure!

Et sur quel ligne du budget a t-on récupéré cette différence ?….Mais sur les frais de personnel bien entendu !…Et  tous ont dû pour conserver leur emploi accepter suivant le cas : le stress maximum ou les cadences infernales parce que dehors il fait froid, qu’il faut faire manger les enfants, et que, faute d’avoir le choix: c’est ça ou rien !…..

Pour éviter le pire chacun se contente donc de pas grand chose….Sachant que dehors grouillent tous ceux qui de toute façon ont déjà tout perdu : chômeurs âgés ou en fin de droits prêts à brader leur expérience, jeunes diplômés Bac + 3 ou 4 et qui s’aperçoivent que leur licence ne leur donne accès qu’à des stages pas ou peu rémunérés…..

Je me souviens, pour ma part du temps où pour une embauche donnée, il y avait une fourchette de rémunération qui tenait compte tout à la fois de la compétence et de l’expérience des candidats…..C’était le temps où lors d’un entretien d’embauche, on vous demandait, en conclusion: « Combien voulez vous gagner ? « ….Aujourd’hui on vous propose la pitance, et elle est à prendre ou à laisser ….

Aujourd’hui encore, et le plus souvent  sans distinction de grade ou de qualité, le DRH, le commerçant ou le restaurateur qui embauchent un employé, une vendeuse ou un serveur n’ont plus que le SMIC  à leur proposer, dans tous les cas et sans exception, il vont s’en tirer en s’excusant de ne pas pouvoir donner davantage, mais en expliquant suivant les cas que les temps sont durs, que les actionnaires sont exigeants, que leur belle mère est à charge ou au pire que leur teckel est malade!…

Et c’est dans ce contexte minimaliste que le Gouvernement de Manuel Valls en rajoute en exonérant les employeurs des Charges Sociales pour les salaires au SMIC !….Voilà comment en constituant un seuil du salaire minimum , c’est un gouvernement prétendu socialiste qui  aura condamné à coup sûr des centaines de milliers de travailleurs à rester Smicards toute leur vie !…..

Soudain, j’éprouve le sentiment de vous avoir peut être un peu ennuyé avec tous ces chiffres, ces pourcentages pour traiter d’un problème ardu et pas très réjouissant, j’ai néanmoins la certitude, à l’appui de mon expérience et hélas de mes souvenirs d’avoir parfaitement démonté le mécanisme pervers et l’enchaînement des causes qui nous ont amenés à la situation actuelle en matière de rémunération du travail.

J’ai tenu néanmoins à écrire ces lignes, même s’il est bien évident que je n’aurai pas connu , à mon époque ces difficultés que connaissent les jeunes aujourd’hui….Juste le temps de leur dire que je les comprends, et qu’il se pourrait bien que d’autres « vieux » de ma génération, tout comme moi vivent mal le fait de voir leurs enfants avoir tant de difficultés pour espérer, pour s’établir , ou pouvoir se construire….. Je sais que cela ne sert à rien de leur dire cela , mais sachez, vous les Jeunes qui me lisez que si vous avez du mal à bâtir votre existence , il y a des anciens près de vous qui pour le coup ont un peu l’impression d’avoir un peu raté la leur !… Et qui au terme d’une carrière où ils auront tout donné pour que tout cela continue de tourner , se regardent dans la glace en se disant simplement ….. »Tout ça pour ça… »

A moins que je n’aie t éprouvé le désir de vous dire ces choses , simplement en réponse a ceux là qui voudraient sans cesse opposer les jeunes aux vieux, les chômeurs à ceux qui travaillent, les malades aux bien portants , prenant ainsi le risque d’opposer les catégories de citoyens en laissant penser à tous que les responsables….Ce sont toujours les autres!…..A tous ceux qui à force d’avoir voulu diviser pour régner, sont devenus aveugles au point de ne même plus réaliser qu’ils ne règnent plus que sur la confusion et une nation en voie de dislocation….A quoi peut bien servir un patriotisme qui se limite aux matches de foot, lorsque dans le même temps, tout sentiment de solidarité a disparu au point que l’on assiste à des compatriotes qui se font agresser sans même que quiconque leur porte assistance !…..

Chers amis, pardonnez moi le ton de cet article un peu austère et pour tout dire pas très drôle…. Mais que voulez vous ce n’était rien d’autre que ma participation à l’explication de la situation que nous connaissons et à une tentative de participer à la réduction de ce que l’on a appelé « la fracture sociale »….

Parce que tout de même, ça devient dur de passer nos journées dans le plâtre, surtout quand on a de la force, du courage, de l’ardeur et même encore (un peu) de virilité… Et que s’il faut en plus, quant l’âge arrive passer nos nuits sur la béquille, cela devient vraiment insupportable !

 

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