BERNARD DIMEY…..MON CAMARADE !…

Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire,

On peut toujours aller gueuler dans un bistrot ,

Parler de son voisin qui n’a pas fait la guerre,

Parler de Boumedienne et de Fidel Castro,

Parler Parler Parler….pour que l’air se déplace,

Pour montrer que’on sait vivre et qu’on a des façons,

Parler de son ulcère ou bien des saints de glace,

Pour faire croire aux copains qu’on n’est pas le plus con.

Quand on n’a rien à dire on parle de sa femme

Qui ne vaut pas tripette et qui n’a plus vingt ans,

Qui sait pas cuisiner, qui n’aime que le drame

Qui découche à tout va, qu’a sur’ment des amants.

On parle du Bon Dieu on parle de la France

Ou du Vittel -cassis qui vaut pas çui- d’avant

On pense rien du tout, on dit pas tout c’qu’on pense

Quand on n’a rien à dire on peut parler longtemps.

Quand on n’a rien à dire on parle du Mexique

De l’Amérique du Nord où tous les gens sont fous,

Du Pape et du tiercé, des anti- alcooliques,

Du cancer des fumeurs et des machines à sous ,

Des soldats, des curés d’la musique militaire,

De la soupe à l’oignon, de l’Île de la Cité

Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire

On arrive au sommet de l’imbécillité. 

C’était un poème de mon vieux copain de naguère Bernard Dimey …..En souvenir de tant de soirées où nous n’arrêtions pas de parler nous mêmes …..En toute connaissance d’une cause que nous avions renoncé nous mêmes à plaider……Que de nuits avons nous passé avec lui à refaire le monde, qu’à chaque fois le lever du jour venait à point pour tout détruire de ce que nous avions échafaudé ! ….Sans que nous ne nous soyons jamais demandé si ce dernier verbe se rapportait à un échafaudage du monde que nous cherchions à bâtir ou de l’échafaud que tant d’autres nous promettaient……

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                                                     Ivrogne !…..Et pourquoi pas ?

Bien évidemment tout cela peut apparaître un peu décalé aujourd’hui…Il reste encore dans les brocantes ou sur certains sites quelques livres quelques disques et même quelques CD.. . »Le Bestiaire de Paris » enregistré par l’auteur avec Magali Noël et Mouloudji sur une musique de Francis Lai est un exceptionnel moment d’émotion, de poésie autant que de réalisme…

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Bernard Dimey était à sa façon un ogre qui pouvait faire peur ….Un être démesuré, et qui se demandait à très haute voix pourquoi il lui arrivait si souvent de vivre parmi les nains !

Il est vrai que lorsque l’on a écrit les paroles de « Syracuse » sur une musique de Salvador, il se peut que l’on accède à des niveaux de sensibilité et de subtilité pas forcément évidents pour la masse de  butors qui nous entourent…..A cet égard il m’arrive souvent de penser qu’il a sans doute eu raison de nous fausser compagnie en 1981…..On ne peut pas prétendre que cela se soit arrangé depuis…..

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L’appétit de la Vie qu’il dévorait de façon parfois trop généreuse avaient du mal à cacher son mal de vivre, ni même la menace de sa propre mort qu’il sentait tourner autour de lui de façon obsédante….Et malgré tout cela il trouvait souvent le moyen d’être drôle !

Peu de vivants aujourd’hui peuvent encore parler de lui en l’ayant connu… Ses moments extravagants, lorsque son génie se décuplait au fil des bouteilles qu’il vidait….Dessins, chansons, poèmes tout jaillissait de lui en ces instants auxquels peu d’autres  auraient même survécu….Un seigneur habillé en clochard et qui arpentait les rues la nuit, mais devant lequel tous s’écartaient comme s’il portait encore en lui une étrange Lumière tandis qu’il traversait les ténèbres….

Alors parmi tous les testaments plus ou moins cryptés qu’il nous a laissés au fil de ses poèmes ….Je vous livre celui ci ….Parce qu’aussi, un tiers de siècle plus tard , il me semble que  que je m’en rapproche de plus en plus….

J’écris depuis trente ans comme d’autres respirent,

Effrayé de ce vide et du peu que j’ai dit.

Me reste-t-il encore la moindre chose à dire?

Je sais très bien que non, j’en ai pris mon parti,

Je navigue à présent dans les espaces vierges

Où ceux qui vont partir et ceux qui sont partis

Se font signe de loin, tout nus sur l’autre berge.

Je vais partir tout seul et je dirai merci

A ceux qui m’ont brisé, cassé comme une fauche,

Qui m’ont rendu stupide et le cerveau vidé.

Je partirai sans bruit et sans tirer les cloches,

La clef dans le pot d’fleur, et la porte fermée…..

 

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Orléanais
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