VOUS PRENDREZ BIEN UN PETIT KAKEMPHATON…..POUR LA ROUTE !

Parmi toutes les figures de style que comporte la langue française , le kakemphaton reste sans doute la plus mystérieuse, puisque dans tous les cas une interrogation subsiste : l’auteur l’a t-il fait exprès ou bien cela lui a t-il échappé ?….

Le kalemphaton apparaît comme un calembour involontaire, et qui par le rapprochement de deux sons peut contribuer à donner un tout autre sens à la phrase , voire même à provoquer le rire ou la surprise aux moments les plus inattendus….Juste le temps de nous faire sourire ou de nous laisser entrevoir l’espace d’un instant un brin de fantaisie ou même souvent de paillardise chez les plus austères de nos tragédiens voire les plus sérieux de nos auteurs…..

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Qui eût pu penser que Corneille eût pu mettre dans la bouche de son héroïne Sabine ces mots glissés dans sa tragédie « Horace:

« Le suis Romaine hélas! puisque mon époux l’est« …..

Plus tard, il modifia son vers et doubla la mise en quelque sorte: « Je suis Romaine hélas! Puisque Horace est Romain », laissant trainer au passage un « Je suis Ro- Ménélas«  qui s’avéra du meilleur effet….

Et c’est encore Corneille à qui nous devons les célèbres vers contenus dans « Polyeucte »

« Vous me connaissez mal: la même ardeur me brûle

Et le désir s’accroît quand l’effet se recule »

Vous avez bien dit quand « les fesses reculent  » !….Il suffit pour amortir cela de mettre la césure au bon endroit !….

Une autre perle kakemphatonique , l’une des plus belles assurément , nous la devons à Adolphe Dumas ( rien à voir avec Alexandre) et qui dans son poème épique « Le Camp des Croisés  » est passé à la postérité grâce à ces deux seuls vers:

« Je sortirai du camp , mais quelque soit mon sort

J’aurai monté du moins comme un vieillard en sort! »

Et voilà comment un vieil hareng saur peut suffire à immortaliser un auteur….

Citons encore Victor Hugo dans le « Souvenir de la nuit du 4 »

« Son crâne était ouvert comme un bois qui se fend »

Son crâne était tout vert ?….

Et puis aussi Jean Baptiste Rousseau ,dont l’oeuvre n’est venue jusqu’à nous que grâce à un seul  vers de son poème par ailleurs tombé en désuétude « La Postérité », laquelle, notons le  lui l’aura bien mal rendue…..

« Vierge non encore née, en qui tout doit renaître »

Après tout cet « encorneur » de vierges n’aura finalement eu que ce qu’il méritait……

Beaudelaire, lui aussi fut l’auteur inconscient (ou pas) de certains kakemphatons plus ou moins dissimulés dans ses vers sublimes, quand il évoque ces « Fruits purs de tout outrage » , et pourquoi pas de toutous trages……Ou encore « Elle put inviolable résister », et pourquoi putain?

Même Bossuet en chaire qui osa lancer en présence du Roi….. »Ah! Plût à Dieu que tu susses« …..Et en plus il osait tutoyer sa Majesté ! »

Nous rendrons hommage à Alphonse Allais qui grâce aux subtilités de l’imparfait du subjonctif s’amusa à écrire cette complainte amoureuse éminemment kakemphatonnesque……

Oui dès l’instant que je vous vis

Beauté féroce, vous me plûtes

De l’Amour qu’en vos yeux je pris

Sur le champ vous vous aperçutes

Mais de quel air froid vous reçutes

Tous les soins que pour vous je pris!

En vain je priai, je gémis:

Dans votre dureté vous sûtes

Mépriser tout ce que je fis

Même un jour je vous écrivis

Un billet tendre que vous lûtes

Et je ne sais comment vous pûtes

De sang froid voir ce que j’y mis

Ah! fallait il que je vous visse

Fallait il que vous me plussiez

Qu’ingénument je vous le disse

Qu’avec orgueil vous vous tussiez

Fallait il que je vous aimasse

Que vous me désespérassiez

Et qu’enfin je m’opiniatrâsse

Et que je vous idolâtrasse

Pour que vous m’assassinassiez

Le Kakemphaton s’est fait plutôt rare de nos jours….Il faut tout de même citer Bobby Lapointe qui en fût l’un des derniers ciseleurs, ce qui lui vaut d’être toujours présent dans nos mémoires….

Je voudrai juste, pour conclure vous en citer un kakemphaton  , tout à fait volontaire celui là de Charles Trenet, et qui, de lui même nous avait fait savoir lors d’une interview que dans sa chanson, à la place de « Je t’attendra ià la porte du garage » il fallait lire pour une meilleure compréhension de l’intention de l’auteur « Je tâte André à la porte du garage »

Aujourd’hui pourtant le kakemphaton garde encore dans le langage courant une expression que nous a légué Pierre Desproges:

 » Le Doute m’habite ! »

Et grâce à laquelle je me réveille perplexe chaque matin…Mais hélas, ou plutôt heureusement, à mon âge il n’y a plus que mon doute qui continue à prendre chaque jour de l’ampleur…..Et dire que certains prétendent encore que ça s’appelle la Sagesse !….Je me disais bien aussi….

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