Monsieur le Député Maire
C’est avec une sincère admiration teintée néanmoins de tristesse que je m’adresse à vous.
Nous nous connaissons depuis quelques années déjà, et comme beaucoup d’Orléanais, j’ai partagé en 2001 ce climat d’euphorie qui avait présidé à votre élection…..Non pas que votre prédécesseur ait démérité en aucune manière, mais c’était une page qui se tournait, c’en était surtout une autre qui s’ouvrait….Et c’était la vôtre !
Au fil du temps nos chemins se sont écartés….En dehors même de tout ce qui nous oppose aujourd’hui, je conserve envers vous une totale admiration pour votre éloquence naturelle, le goût de la langue Française dans l’expression de laquelle vous excellez, mais aussi votre sens aiguisé de la dramaturgie et qui vous amène à faire partager à vos auditoires vos émotions, vos enthousiasmes et vos passions avec une force telle, qu’elle emporte d’emblée l’adhésion de ceux qui vous écoutent, qu’il s’agisse de vos discours en public ou de vos interventions au Conseil Municipal….
A ce propos, je me suis élevé avec la plus grande vigueur pour vous défendre le jour où l’un de vos adversaires politiques à qui je parlais de votre prédisposition à faire partager vos émotions m’a répliqué qu’il s’agissait là de « manipulation »….. A mes yeux, il ne s’agit en l’occurrence que d’un authentique « talent » au sens propre du terme.
Nul autre que vous ne sait autant que vous émouvoir son public en faisant revivre dans ses allocutions l’épopée de Jeanne d’Arc. Chaque année vous en tressez une nouvelle fresque et c’est à chaque fois l’Histoire de France et celle de notre Ville qui défile dans nos rêves et nos imaginations….
Nul autre que vous ne sait non plus dans le courant d’un Conseil Municipal susciter notre émotion ou nous amener au bord des larmes à propos d’une cause aussi inattendue en ce lieu que celle de Florence Cassez, détenue au Mexique, et ceci jusqu’à nous proposer d’en faire la Citoyenne d’Honneur de la Ville…..Nul autre que vous ne peut parvenir à nous convaincre sur fond d’émotion à peine contenue qu’il est absolument vital d’emmener les jeunes filles étrangères vivant dans notre ville faire un tour de Bateaux Mouches à Paris, ou encore de leur faire goûter au shopping dans la Capitale afin de les intégrer dans notre Société, en leur faisant toucher du doigt et du goût tous les sucs de nos coiffures européennes, de nos escarpins et de nos lingeries propres à les arracher à leurs traditions ancestrales ……L’intégration par la tentation en quelque sorte !…….En tous cas ce soir là, Monsieur le Maire, et une fois de plus vous avez été sublime de conviction …..Et tout cela face à un auditoire étonné certes, mais à la limite de la pâmoison néanmoins..
C’est indéniable, vous disposez de cette éloquence et de ce talent, autant dans la forme que dans le fond et qui font de vous une sorte de compromis entre Alain Decaux quand il nous parle de l’Histoire du Masque de Fer et Pierre Bellemare quand il vous déroule l’une de ses Histoires Extraordinaires……Et je ne vous parle même pas du Télé Achat….( en période électorale uniquement)……Mais ceci fait partie de la loi du genre et sur ce plan là vos dispositions naturelles ne sont là éventuellement que pour prendre d’avantage d’avance sur tous les autres……A ce niveau, et comme tous les grands tribuns vous incarnez sur le plan local ce mariage subtil et secret qui existe entre le Théâtre et la Politique…..Ainsi se peut il même qu’il nous arrive de croire participer à des grands moments d’Histoire…..Pour pas grand chose !
Ainsi, j’aurais aimé, et d’autres avec moi sans doute, vous écouter évoquer avec cet Art consommé, qui est le vôtre et qui peut transformer n’importe quelle histoire apparemment courante ou banale,, et pour peu que vous vous y attachiez, une épopée digne de Victor Hugo ou un drame à la Zola,… Ainsi j’aurais aimé vous entendre évoquer, une autre histoire bien Orléanaise celle là…..Celle de Fansolo…..Peut être vous en souvenez vous encore ?
Mais oui, c’est bien cela…..Fansolo, ce blogueur Orléanais qui avait ouvert un blog en 2007, à six mois des Elections Municipales…..Un blog dont la durée de vie ne dépassa pas quelques semaines et dans le titre duquel il utilisa votre patronyme, mais surtout un blog qui n’était rien qu’une pochade sur le thème des « Amis de…. »….Ceci ne vous empêcha nullement de gagner brillamment les Elections en 2008…..Ni même d’attaquer Fansolo en justice en Septembre de la même année…..En guise d’acte fondateur de votre nouveau mandat en quelque sorte !
Et c’est à partir de cet instant sans doute, que votre imagination et vos dispositions naturelles auraient pu vous permettre d’amplifier avec le lyrisme que nous vous connaissons cette histoire de manière à la transformer en un drame, ou une épopée et peut être même jusqu’à en faire un symbole de la Mythologie Républicaine Orléanaise…….
Fansolo, fonctionnaire territorial et barré dans sa vie professionnelle, Fansolo condamné en Première Instance, Fansolo obligé de quitter Orléans avec son épouse et ses deux petites filles, Fansolo en région parisienne et en recherche d’un nouvel équilibre personnel autant que professionnel, Difficultés familiales aussi comme à chaque fois lorsque des évènements d’une telle portée surviennent et viennent foudroyer un foyer jusqu’alors paisible…..Et puis comme une nième station d’un chemin de croix personnel : Fansolo perdant en appel contre Monsieur le Maire d’Orléans……L’addition devenait surréaliste, et nous mêmes, ses amis et qui avions tenté de l’accompagner puis de l’aider dans cette épreuve nous retrouvions pétrifiés par les conséquences humaines autant que matérielles de cette histoire …..Et puis Fansolo au bord de la désespérance, saisissant la Cour de Cassation…..Terrible attente d’une décision qui pouvait tout autant le sauver que le précipiter au fond du gouffre….. Et puis enfin, à l’automne 2011…..L’ Arrêt de Cassation cassant le jugement et décidant sur le fait que cette Affaire n’aurait jamais dû exister !…….Aujourd’hui Fansolo a retrouvé sa route….Cette affaire est désormais bien loin de lui et il va bien…..Pour cela il aura tout de même fallu qu’il quitte avec son épouse et ses enfants leur ville natale à eux quatre! ……Et tout cela, même si ce n’est pas par la volonté expresse du Maire mais en tous cas en raison des conséquences d’un éventuel « droit de suite » tel qu’il peut se pratiquer parfois dans les arcanes de l’Administration et qui aurait pu avoir pour effet de le « bloquer » dans son évolution professionnelle ….
Je ne doute pas, Monsieur le Maire que dans un moment d’éloquence dont vous détenez les secrets vous auriez su donner à cette histoire les accents d’émotion qu’au demeurant elle mérite…..La carriole de Fansolo cahotant sur les pierres de la route qui va d’Orléans vers Paris….C’est une image ancestrale et démodée à laquelle vous n’auriez sans doute pas résisté pour faire pleurer Margot autant que pour émouvoir votre Conseil Municipal……
Sans doute certains ont ils commencé déjà à l’oublier, cette histoire de Fansolo obligé de quitter sa ville avec sa famille du fait d’un différend avec son Maire….Pour ma part elle reste extrêmement présente pour des raisons essentiellement personnelles et humaines….
En effet, et de la même manière qu’un ami m’avait désigné au début de ma carrière chansonnière comme devant être sinon sa suite du moins son héritier par les idées et l’esprit, de la même façon j’ai retrouvé chez Fansolo cette image devenue déjà un peu trouble du personnage que je fus moi même lorsque j’avais son âge…..L’ironie un peu vacharde mais teintée d’une tendresse infinie, capable de mordre ou de pleurer avec la même force ou la même intensité, les mêmes fulgurances mais aussi la même aptitude à pouvoir être considéré par son entourage autant comme l’être le plus exquis du monde que comme le plus odieux personnage…….Ainsi je devins il y a bien longtemps « Le Chat de Gouttières », ainsi il restera bien plus longtemps encore « Fansolo »…..
Vous ne m’en voudrez pas d’ajouter qu’à l’heure où je ne vais pas encore trop mal, Dieu merci !… Mais où je sens bien que tout cela n’aura qu’un temps, l’amitié quelque peu filiale que j’éprouve pour Fansolo s’inscrit dans la tradition du désir de la Transmission de quelque chose de soi même qui reste l’une des constantes de l’âme humaine….Une façon de penser que l’on ne meurt jamais complètement peut être ?…..
Monsieur le Maire, sans doute penserez vous que l’opportunité de cette lettre m’aura été dictée par la proximité des Elections Législatives…..Certainement pas, dans la mesure où si vous ne m’aviez pas autant touché par vos dernières prestations oratoires jusqu’à m’émouvoir à ce point, l’idée ne m’en serait pas venue de m’adresser à vous à ce propos…
Toutefois s’il en était autrement sans doute faudrait il admettre que les campagnes électorales restent des moments où il est implicitement convenu d’ éviter de parler de certains sujets…..Sauf à vous déplaire, je pense qu’à l’inverse elles doivent permettre, de parler de tout…..
Pour le reste, je n’aurais certainement pas la prétention de pouvoir infléchir en aucune manière le vote de vos électeurs sur votre circonscription qui comme par
hasard se retrouve aussi à être la mienne…..
La seule intention de cette longue lettre, alors ?…..
Et bien voyez vous, Monsieur le Maire, permettez moi tout d’abord de vous rappeler l’anecdote du Genéral de Gaulle répondant à André Malraux qui lui demandait de punir Jean Paul Sartre pour ses écrits « On ne met pas Voltaire en prison ! »….
N’étant moi même pas plus Voltaire que vous n’êtes le Général de Gaulle, je peux donc poursuivre ce parallèle , au moins sur le fait que je me rapproche chaque jour davantage de l’âge de Voltaire que l’on représente volontiers dans son fauteuil, et ricanant quand il écrit……
Aujourd’hui certes, le clavier a remplacé la plume d’oie, mais il m’arrive encore lorsque j’écris tard dans la nuit, drapé dans ma robe de chambre et bien calé dans mon fauteuil de penser que je dois avoir des faux airs de Voltaire lorsque je m’esclaffe aux idées qui me viennent à l’esprit et que je retranscris….
Tout cela, Monsieur le Maire pour vous demander la grâce et conformément à mon souhait, de bien vouloir continuer à m’accepter encore un peu dans votre Ville…..C’est à Orléans que j’aimerais mourir, quand bien même vous en seriez encore le Maire le jour où cet événement me surprendra !…..D’ici là ne faites rien, je saurai bien quand ce sera l’heure m’en aller tout seul…
Je vous prie de croire Monsieur le Maire à l’expression de mes sentiments les plus respectueux.
Le Chat de Gouttières
Jean-Paul MORAT
























































2009 risque bien de rester dans la mémoire des Orléanais comme ayant été: l’année “Fuchsia”.




































































































































































































































































































































































































































































































































